Le cerveau : 1 – Les neuromythes

Salut les Inphinautes,

Le cerveau est un organe un complexe, peut être le plus complexe de notre corps. Je vais donc découper son exploration en plusieurs chapitres afin de limiter la densité d’informations reçue. Mais avant de détailler le fonctionnement du cerveau, il est important de commencer par déconstruire ce qu’on appelle les neuromythes.

Les neuromythes sont des idées reçues, fausses – ou en tout cas non recevables d’un point de vue scientifique – et très répandues au sujet du cerveau. Il en existe de nombreux, mais je vais ici traiter quelques un des plus courants.

Nous n’utilisons que 10% de notre cerveau

L’idée ne date pas d’hier, mais elle circule encore de nos jours jusqu’au cinéma ou dans la littérature de science-fiction : Nous n’utiliserions que 10% de notre cerveau.
Pour certains ce mythe serait né d’Einstein qui aurait déclaré n’utiliser que 10% de son cerveau, pour d’autres c’est William James, un médecin et psychologue de la fin du XIXème siècle qui aurait popularisé ce mythe.

Mais la version la plus probable est que cette légende découle d’une mauvaise interprétation de Karl Lashley, un neuropsychologue, qui l’aurait exprimée dans les années 30.

Quelle qu’en soit l’origine, ce mythe a la peau dure. Déjà dans la culture populaire comme nous l’avons vu, mais aussi parce qu’il est récupéré par les mouvements new age qui trouve dans cette légende de quoi abreuver leurs idées : d’après certains de ses « gurus » si nous pouvions utiliser un pourcentage plus élevé de nos capacités cérébrales, nous pourrions débloquer nos capacités de télépathie, de télékinésie, de voyance…

Il n’est pas du ressort de la science de dire si la télépathie ou la télékinésie existent bel et bien. Mais il est du ressort de la science de dire que si c’était le cas – après tout la science ne sait pas tout – ça n’aurait en tout cas rien à voir avec le cerveau et ce mythe des 10%.

On retrouve également cette idée, de façon humoristique dans cette série de mèmes – que j’adapte pour l’occasion :

Plus sérieusement, nous utilisons bien 100% de notre cerveau. Contrairement à ce que pensais Karl Lashley, notre cerveau n’est pas une masse indifférenciée. Il est divisé en zones – lobe frontal, temporal, occipital, cervelet… nous détaillerons cela dans l’article 2 – qui ont chacune des fonctions dédiées et qui travaillent ensemble à recevoir et traiter les stimuli reçus par le système nerveux, et à envoyer de l’information à notre corps via ce même système nerveux.

Bien que ce mythe ait été disqualifié quelques années plus tard, il était trop tard, l’idée s’était ancrée dans l’imaginaire collectif, et il est désormais très difficile de la déloger.

Êtes vous cerveau « gauche » ou « droit »

Vous êtes rêveur, créatifs et imaginatif ? Vous êtes cerveau « droit ». Vous êtes matheux, logique et pragmatiques ? Vous êtes cerveau « gauche ». C’est faux.

S’il est vrai que notre cerveau est latéralisé, que les fonctions plus pragmatiques se trouvent à gauche et que les émotions dépendent plutôt de l’hémisphère droit, rien ne permet d’affirmer qu’un hémisphère puisse prendre l’ascendant sur l’autre.

Les deux côtés de votre cerveau travaillent également mais dans la main, et votre personnalité n’est en rien affectée par la latéralisation de votre cerveau. Vos affinités avec les arts ou les disciplines logiques dépendent en réalité plus de votre éducation, de vos goûts, de votre culture bref… de votre acquis et non pas de votre inné.

Tout se joue dans la petite enfance

Vous lirez tantôt que, question apprentissage, tout se joue avant 3 ans, tantôt que tout se joue entre 3 et 6 ans. Dans les deux cas, c’est faux, bien sûr. Ça ne sert à rien de sur-stimuler votre enfant dans son landau ans pour être sûr qu’il apprenne bien !

Si on voit effectivement un pic de connexions neuronales – nous détaillerons ce que sont des connexions neuronales dans le 3ème article de cette série sur le cerveau – se créer aux alentours de 2 ans, cela ne signifie pas que le destin cognitif de votre enfant est scellé, rassurez vous. Le cerveau possède une caractéristique merveilleuse : la plasticité. Il est incroyablement capable de se modifier en permanence et de créer des connexions tout au long de notre vie. C’est même sa principale caractéristique.

Évidemment, cette plasticité diminue avec l’âge, et il est quand même plus simple d’apprendre durant l’enfance et l’adolescence. Mais il reste tout à fait possible de continuer à apprendre des tas de choses même à l’âge adulte… En lisant ce blog, par exemple !

Écouter Mozart rend intelligent

S’il suffisait d’écouter la Sonate pour deux pianos en Ré majeur en boucle pour gagner une dizaine de points de QI, l’astuce serait probablement éventée depuis longtemps…

C’est pourtant la conclusion d’une étude de Frances Rauscher parue dans la revue Nature, en 1993. Les participants ayant écouté cette sonate en particulier auraient eu des meilleurs résultats dans la catégorie « raisonnement spatial » d’un test de QI.

En 1998, Don Campbell, auteur de plusieurs ouvrages de musicothérapie, lui même dans une mouvance new age, publie un livre : « l’effet Mozart » dans lequel il reprend les résultats de cette étude et les popularise, surtout auprès de la population américaine. La même année, Zell Miller, gouverneur de Géorgie propose même de débloquer 100 000 $ pour que chaque nouveau né de l’état reçoive un disque de Mozart.

Mais dans son étude Frances Rauscher ne dit pas formellement que l’écoute de Mozart rend plus intelligent. Juste que la perception spatiale des participant semble légèrement plus développée après l’écoute de la sonate, et que de surcroit cet effet semble temporaire.

Le protocole expérimental a depuis été réitéré plusieurs fois sans que « l’effet Mozart » ne soit détecté. Des chercheurs viennois ont étudié les résultats de toutes les études, et n’ont trouvé aucun résultat probant ailleurs que dans les données de Rauscher. Ce qui nous montre aussi qu’une étude scientifique n’a pas valeur de vérité, et qu’il faut prendre les articles aux titres sensationnalistes avec des pincettes.

En revanche, quelques études – encore embryonnaires – notamment en 2020 en Italie, semblent montrer que la musique de Mozart pourrait avoir des effet positifs sur des patients épileptiques. Mais l’échantillon est encore trop faible pour en tirer plus de conclusions.

Il existe 7 types d’intelligences

Voir 8, voir même 10… bref : Il existerait des intelligences multiples. Linguistique, spatiale, logico-mathématique, spirituelle, kinesthésique… Et bien sûr, comme pour la latéralisation, chacun aurait une forme d’intelligence plus prononcée que les autres, ce qui modèlerait son caractère ou ses prédispositions. Ce mythe est un peu plus subtil.

L’idée nait en 1983 du psychologue américain Howard Gardner, professeur de psychologie à Harvard, ce qui fait plutôt sérieux ! Il publie un livre, rames of Mind : the Theory of Multiple Intelligence, dans lequel il défini ces différents types d’intelligences. Son idée rencontre un franc succès dès la sortie du livre et elle se propage comme une trainée de poudre en quelques années à peine, surtout dans les milieux éducatifs.
L’idée séduit tellement que certains vont se pencher sur un refonte des programmes scolaires et même des test de QI, car tout cela semble devenir caduc. L’échec scolaire va même commencer à être vu sous un autre angle, et une remise en cause de ce qui est considéré comme « réussite » apparaît – ce qui pour le coup, est plutôt une bonne chose.

Seulement voilà, la théorie de Gardner ne satisfait pas les critères scientifiques et épistémologiques. Selon Karl Popper – Dont on parlera en long, en large et en travers sur ce site, croyez moi – elle n’est pas recevable car elle ne peut pas être testée, dans son jargon : elle n’est pas falsifiable. Et surtout elle n’est pas compatible avec le reste du paradigme des neurosciences.

Gardner rétropédalera lui même quelques années après et parlera de « talents » plutôt que d’intelligences. Toutefois, ce neuromythe est un peu différent des autres, et il est nécessaire de le traiter avec plus de nuance que les autres.

En effet, en 1904, Charles Spearman avait défini ce qu’il appelle un facteur g, une intelligence générale qui permet d’aborder les problème dans leur globalité. Pour faire simple, c’est cette intelligence qui est mesuré lors d’un test de QI. Or ce facteur g, s’il prédomine sur notre vision des sciences cognitives ne fait pas non plus consensus, et il est lui aussi vivement débattu et remis en cause.

Pour l’instant donc, le modèle de test de QI standard reste la norme, ainsi que le système scolaire tel qu’on le connait. Mais cela pourrait changer à plus ou moins long terme.

Conclusion

L’étude de ces quelques neuromythes nous montre que notre cerveau est un objet d’étude qui nous échappe encore. Si on sait – à peu près – ce qui est faux à son sujet, on est encore loin de tout savoir à son sujet et au sujet de notre intelligence et de nos capacités cognitives en général. Les neuromythes ne sont pas que de vilaines théories à remiser au placard, mais aussi et avant tout des objets à étudier et à comprendre sous un angle épistémologique.

On se retrouve très vite pour un nouveau chapitre ou on explorera cette fois l’anatomie et la fonction de chaque zone de notre cerveau.

A bientôt les Inphinautes.