Salut les Inphinautes,
L’effet Matilda est l’attribution de la paternité d’une découverte – souvent scientifique, mais pas uniquement – à un ou plusieurs hommes alors que la maternité de celle-ci devrait revenir à une femme. Celle dont on va parler aujourd’hui a tristement subi cet effet jusqu’après sa mort. Il aura en effet fallut presque 50 ans pour que Rosalind Franklin, biologiste moléculaire, se voie attribuer pleinement sa plus grande découverte : la structure hélicoïdale de l’ADN.
Notting Hill
Rosalind Elsie Franklin nait le 25 juillet 1920 à Notting Hill, un quartier de Londres, dans une riche famille juive. Son père, Arthur, est un banquier d’affaires, et sa mère, Muriel, s’occupe seule de ses 5 enfants.

Elle entre en 1931 au St Paul’s Girls’ School, collège privé qui fait partie des rares « écoles pour filles » à enseigner la physique et la chimie, matières ou Rosalind va exceller. En 1938, elle obtient l’équivalent d’un baccalauréat ainsi qu’une bourse universitaire.
Cambridge
Face à la montée du nazisme, son père va recueillir des réfugiés juifs et Rosalind cèdera sa bourse à l’un d’eux. Elle intègrera malgré tout le Newnham College de l’université de Cambridge où elle passera son bachelor de chimie.
Dans les années 40, elle participe à l’effort de guerre en rejoignant le British Coal Utilisation Research Association où elle travaillera sur les propriétés du charbon, ce qui aura de nombreuses applications militaires et industrielles : Masques à gaz, carburant, filtres à eau…
Elle obtient en 1945 son doctorat en présentant, justement, une thèse sur le sujet : « The physical chemistry of solid organic colloids with special reference to coal ». (La chimie physique des colloïdes organiques solides avec une référence particulière au charbon)

Paris

Une fois la guerre finie, elle rejoint Adrienne Weill, une amie de Cambridge, partie vivre a Paris. Elle entre au CNRS (centre national de la recherche scientifique), et va intégrer le Laboratoire central des services chimiques de la ville. Au côtés de Jacques Mering, elle apprend la cristallographie aux rayons X, qu’elle applique dans un premier temps à ses travaux sur le charbon. Elle approfondi notamment la structure atomique du charbon quand il se transforme en graphite.
La structure de l’ADN
En1950, Rosalind retourne à Londres sur invitation de John Randall. Il décide de créer au King’s college un laboratoire de diffraction des rayons X, domaine où elle est désormais experte. Elle commence à y travailler dès 1951, et rejoint une équipe composée Maurice Wilkins et Raymond Gosling qui sera son élève.
L’équipe va se pencher sur le sujet de l’ADN. Rosalind, apportant son expertise, leur permet de faire de grandes avancées. En mai 1952, ils parviennent à prendre une photo restée célèbre sous le nom de cliché 51.

Sur cette image, on peut voire la structure hélicoïdale de l’ADN. C’est une – double – révolution. Rosalind commence alors à écrire des articles pour présenter la découverte en 1953. Mais tout ne va pas se passer comme prévu…
Effet Matilda et prix Nobel
Dans les années 80, Margaret Rossiter, une historienne des sciences théorise l’effet Matilda – Hommage à l’essayiste féministe du XIXème siècle, Matilda Joslyn Gage – effet qui montre comment les hommes s’accaparent la pensée intellectuelle des femmes, ainsi que leurs découvertes scientifiques.

Rosalind Franklin est – Avec Lise Meitner dont on a déjà parlé, par exemple – un des cas les plus injustes de cet effet. Pendant ses recherches, des tensions apparaissent avec avec Maurice Wilkins, et il continue alors à travailler seul sur l’ADN. En parallèle, une deuxième équipe travaille sur le sujet, une équipe purement masculine composée de James Watson et Francis Crick, qui eux, travaillent à Cambridge.
En 1953, Rosalind quitte le King’s college pour aller au Birckbeck College. Mais le résultat de ses recherches lui, reste au King’s college, ordre de Randall. Il exigera également que Wilkins partage toutes les données de leurs recherches – dont le cliché 51 – avec Watson et Crick, et les trois hommes vont alors collaborer et partager avant Rosalind leurs travaux dans la revue Nature, en mentionnant à peine ses apports fondamentaux.
Nous avons été stimulés par une connaissance de la nature générale des résultats expérimentaux et des idées non publiées du Dr M.H.E Wilkins, du Dr R.E. Franklin et de leurs collaborateurs au King’s College, Londres.
Voila tout ce qu’ils en diront dans leur article. Ils obtiendront tous les trois le prix Nobel de médecine en 1962. Franklin ne sera même pas citée dans leurs discours. Il faudra attendre 2003 pour que Watson, et uniquement lui, reconnaisse l’importance de la découverte de Franklin.
Les autres se dédouaneront en invoquant le règlement du prix Nobel qui ne peut être remis à titre posthume… ce qui est vrai… depuis 1974 ! Ça ne l’était donc pas en 1962.
Chelsea
En 1956, on diagnostique un cancer de l’ovaire à Rosalind, probablement lié à son exposition répétée aux rayons X et à une prédisposition des populations juives ashkénaze à ce type de cancers.
Elle meurt deux ans plus tard, seulement âgée de 38 ans, à Chelsea.
Il faudra attendre les années 2000 pour que son travail soit enfin pleinement reconnu. Un prix Rosalind Franklin sera notamment créé par la Royal Society, et un rover envoyé sur Mars en 2022, portera également son nom.

Il aura fallu tant d’années pour que son nom dépasse enfin les frontières même ne notre monde, ce qui est bien la moindre des choses pour un si grand apport à la science.
On se retrouve très vite pour un nouveau portrait ! A bientôt les Inphinautes !
