Jane Goodall : Chimpanzés dans la brume

Salut les Inphinautes,

Il y a un peu plus d’un mois, le 1er octobre 2025, cette pionnière de l’observation des rapports entre humains et animaux nous quittait. Éthologue, primatologue et anthropologue, Jane Goodall est aussi connue pour son implication militante pour le climat et la nature.

« Ce que vous faites fait une différence, et il faut décider quel genre de différence vous voulez faire. »

Jubilee

Valerie Jane Morris-Goodall est née le 3 avril 1934, à Londres. Alors qu’elle est enfant, son père lui offre – comme une prémonition – un chimpanzé en peluche qu’elle décide de baptiser Jubilee.

Crédit : the Jane Goodall Institute

Déjà curieuse et passionnée par les animaux, elle passe, l’année de ses quatre ans, une journée entière tapie dans le poulailler de ses parents à tenter de répondre à une question qui la fascine : comment les poules pondent-elles des œufs ?

Jane est également une grande lectrice. Ses romans favoris ? Dr Doolittle, le Livre de la Jungle et surtout Tarzan… Elle plaisantera d’ailleurs souvent en disant que « Tarzan s’est trompé de Jane » ! Son rêve ? Partir en Afrique pour observer les animaux et tâcher de les comprendre.

Ce rêve se réalisera en 1957. En effet, quelques temps après ses études pour devenir secrétaire, une amie l’invite au Kenya. Elle ne le sait pas encore mais ce voyage, et surtout une rencontre qu’elle y fera, vont bouleverser sa vie.

Lorsque j’étais petite et que je rêvais d’aller en Afrique pour vivre parmi les animaux et écrire des livres à leur sujet, ma mère me répétait souvent : “Si tu souhaites quelque chose de tout ton cœur et mets tout en œuvre pour l’atteindre, sans relâche, tu trouveras invariablement un moyen d’accomplir ton rêve.

Louis Leakey

Arrivée à Nairobi, Jane rencontre Louis Leakey, un éminent paléontologue qui étudie les origines de la vie.

Louis est très vite impressionné par Jane. Elle est passionnée, observatrice, rigoureuse… S’il la recrute d’abord comme secrétaire, il voit très vite en elle un autre potentiel et lui propose alors une nouvelle mission :
observer les chimpanzés dans leur habitat naturel, sans méthode, mais surtout, sans a priori.

Elle part alors au parc national de Gombe Stream, situé sur la rive tanzanienne du lac Tanganyika, près de Kigoma. Jane a 26 ans, elle n’a aucun bagage scientifique, mais possède une patience infinie, une paire de jumelles et un carnet. Ça semble peu de choses, mais ce sont pourtant les outils d’une véritable révolution scientifique.

David Greybeard

David Greybeard – Crédit : Jane Goodall Institute

Les premiers temps d’observation sont difficiles : Les chimpanzés s’enfuient en voyant Jane. Des mois vont s’écouler avant que les primates ne se laissent approcher. Quand ceux-ci finissent par s’habituer à la présence de Jane, elle leur donne alors des noms. Elle baptisera par exemple son sujet préféré David Greybeard, à cause des poils gris qui ornent son menton.

C’est en l’observant qu’elle va faire une première découverte : Les chimpanzés fabriquent et utilisent des outils, comme par exemple, des brindilles pour pêcher les termites. C’est une observation révolutionnaire qui brise l’idée que l’homme serait le seul à fabriquer et utiliser des outils.

Mais ce n’est pas tout, Jane observe également une structure sociale complexe chez ses sujets. Ils chassent en coopération, partagent la nourriture, et se font même la guerre pour des territoires. Les chimpanzés qu’elle observe font même preuve d’émotions, comme l’affection, l’empathie ou même le deuil.

« Il nous faut maintenant redéfinir l’Homme, redéfinir les outils, ou accepter que les chimpanzés soient humains. »

Louis Leakey

Elle publie ses travaux dans les revues Nature et National Geographic et devient alors une grande figure de la science et de la compassion animale. Fait rarissime en 1965, elle obtient un doctorat d’éthologie au Newnham College de l’université de Cambridge alors qu’elle n’a aucun diplôme préalable.

In the Shadow of Man

En 1971, Jane Goodall publie le livre In the Shadow of Man (les Chimpanzés et moi). Plus qu’un simple ouvrage scientifique ou qu’une simple autobiographie, ce livre redessine les contours de l’éthologie et de la primatologie.

Elle participe également à plusieurs documentaires de National Geographic réalisés par son premier mari Hugo van Lawick, ce qui la fera connaitre auprès du grand public.

Le Jane Goodall Institute

Au fil des années passées au Parc National de Gombe Stream, Jane tire un constat inquiétant : la forêt disparait peu à peu et les chimpanzés aussi, victimes de braconnage et du commerce illégal. Les populations locales s’appauvrissent également. Il est temps pour elle de passer à l’action et même à l’activisme pour protéger la nature.
Elle crée en 1977 le Jane Goodall Institute, qui œuvre pour la recherche scientifique sur les grands singes, la préservation de leur habitat naturel et le développement durable des populations vivant à proximité de ces habitats.

Le moins que je puisse faire est de parler pour les centaines de chimpanzés qui, en ce moment même, sont assis courbés, misérables et sans espoir, regardant avec des yeux morts depuis leurs prisons métalliques. Ils ne peuvent pas parler pour eux-mêmes.

Biodiversité

Dans les années 90, Jane Goodall élargit son combat pour défendre l’ensemble du vivant et de notre planète. Elle prend position contre la déforestation, la surconsommation, l’agriculture industrielle et les énergies fossiles.
Le Jane Goodall Institute va alors participer activement à la reforestation en Tanzanie et en RDC, à la formation de rangers pour lutter contre le braconnage et à l’éducation des populations locales.

“Il ne peut y avoir de conservation durable si les populations locales ne vivent pas dignement.”

Elle alerte sur le lien entre climat, biodiversité, déforestation et la crise écologique mondiale dans son livre The Book of Hope (Le cri de l’espoir) co-écrit avec Douglas Abrams. Pour elle, la clé du respect de la nature se trouve dans nos choix quotidiens : notre alimentation, notre consommation d’énergie, et notre consommation en général.

Barbie ?

Active jusqu’à son dernier souffle, Jane Goodall a laissé derrière elle un immense héritage philosophique. Elle a mis en place un programme Roots & Shoots, (racines et pousses) destiné à la sensibilisation et à l’action des jeunes pour la nature. Elle a inspiré des générations de scientifiques et d’écologistes. Elle a donné des centaines de conférences à travers le monde jusqu’à ses 90 ans.

Parmis toutes les distinctions qu’elle a reçues, on peut citer la médaille Hubbard, le prix Templeton, la Légion d’Honneur, le titre de Dame Commandeur de l’Empire Britannique… et peut être le plus inattendu : la société Mattel qui propose une poupée Barbie à son effigie !

Si le monde a perdu une grande scientifique, il a néanmoins gagné, grâce à elle, un héritage inestimable sur notre rapport à la nature et à la biosphère.

A bientôt les Inphinautes !